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L'analyse de films en classe Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par MarkH   

Il existe une contradiction entre les textes officiels de l'EN, qui prescrivent l'étude de l'image fixe et animée en classe, et les lois sur la copie ou sur le droit d'auteur, qui brident l'enseignant dans sa recherche et sa préparation de cours. Est-ce bien à l'individu de régler cette difficulté en s'exposant à être puni ? Et est-ce bien au professeur d'utiliser une oeuvre comme bon lui semble, alors qu'elle ne lui appartient pas ?
D'autre part, nos élèves sont gavés d'images à longueur de journée. Il peut sembler louable de leur enseigner à mieux les lire, mais ne peut-on, dans l'hypothèse discutable où cela nous paraîtrait indispensable, se fonder seulement sur des émissions diffusables en classe, comme celles de Fr5 ?

Mais surtout, nos élèves sont des handicapés de l'écriture et de la lecture. Ils peinent dès que la phrase comporte plus de cinq mots, ont du mal à simplement comprendre ce que nous disons, manquent du vocabulaire le plus élémentaire pour exprimer ce qu'ils souhaitent (par parenthèse, je me suis récemment aperçu que c'est même le ressort comique principal d'une série comme Kaamelott, dans laquelle les jeunes chevaliers Gauvain et Yvain ne disposent guère de plus de 60 mots et se heurtent au vocabulaire riche du cours magistral royal).
A ce compte-là, mon avis est que vouloir travailler des adaptations, des variations sur un modèle, alors même que la partie principale de notre discipline, la lecture, n'est pas assurée, est une faute au moins morale. Nous sommes (encore) libres de notre pédagogie, c'est-à-dire des moyens, pas des buts à atteindre. Je suis triste de voir que plus de 60% des ex-collégiens sont illettrés, alors même qu'ils ne sont pas stupides, et le nombre d'heures de français, en diminution constante, ne nous autorise pas à ces charmantes "activités" sans fruits... et illégales. Savez-vous combien il est difficile de dire à un adolescent de 16 ans que malgré ses efforts, il échouera tant qu'il ignorera le sens des mots abstraits les plus fréquents (ou, pire, tant qu'il pensera les connaître) ? A qui croyez-vous qu'il en veut de se découvrir "nu" (nul ?) dès le début de sa seconde, parce que le premier texte de vingt lignes qu'on lui demande de lire lui est presque totalement abscons ? C'est sur ce point que les fameuses réunions des profs de troisième et de seconde me semble le plus infructueuses, le plus entachées d'incompréhension.

Enfin, sommes-nous compétents ? Quand nous travaillons sur un film en classe, le traitons-nous comme un film ? Ou simplement comme un moyen plus aisé (à notre sens) de faire-passer-des-idées, auquel cas nous méprisons le cinéma dans le film ? Je crois que la question mérite d'être posée, tant il est évident que la plupart des professeurs de lettres, moi compris bien sûr, sont incapables d'une étude cinématographique (et c'est d'ailleurs prévisible).

Bref, je ne condamne pas a priori, mais après ce que j'ai vu en 20 ans passés en lycée, je sais que si demain je devais aller en collège, je me concentrerais à 100% sur les mots, le vocabulaire, la structure de la phrase simple, de la phrase complexe, les rudiments de l'analyse grammaticale (et pas davantage), la conjugaison, et la littérature pour la jeunesse (et pas la littérature de jeunesse), et que tout reposerait sur lecture-écriture.

Et puis, dites, comment expliquez-vous que la réservation des équipements audio-visuels ne se remplisse à saturation que les semaines précédant des vacances ? Vingt ans que je constate cela, il y a peut-être une tendance peu avouable, non ? :-)))

Allez, pardon pour ces quelques remarques, mais c'est la période des résolutions. Cordialement à vous tous.
MarK

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